Sommet sur le climat : à l’ONU, les dirigeants du monde attendus au tournant

Une soixantaine de dirigeants mondiaux se retrouvent lundi 23 septembre aux Nations unies pour un sommet censé revigorer l’accord de Paris, alors que jamais l’humanité n’a rejeté dans l’atmosphère autant de gaz à effet de serre. Une initiative boudée par Donald Trump, qui a prévu de s’exprimer, dans une salle voisine, à un événement sur la liberté de culte.

Trois jours après la mobilisation massive de la jeunesse pour le climat sur les cinq continents, António Guterres accueille, lundi 23 septembre, une soixantaine de dirigeants internationaux à l’occasion d’un sommet sur l’urgence climatique. Il espère que ces responsables mondiaux annonceront une révision à la hausse de leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L’ONU a choisi d’inviter à la tribune des pays ayant des “avancées positives” à annoncer, rappelle la journaliste du New York Times Somini Sengupta, spécialiste du climat. Ce qui, paradoxalement, n’empêchera pas quelques-uns des plus grands producteurs de charbon du monde de participer, explique-t-elle. L’Indien Narendra Modi, dont le pays est comme la Chine fidèle au charbon mais qui installe des quantités industrielles de panneaux solaires, commencera notamment la journée. “Le fait d’offrir une tribune aux champions du charbon contredit directement l’un des objectifs du sommet”, visant à sortir du charbon, souligne Somini Sengupta.

Autre grand supporteur de l’industrie charbonnière, le président américain Donald Trump ne se joindra toutefois pas à ses homologues internationaux lors du sommet sur le climat, explique le New York Post, même s’il sera bien présent dans les murs. Il a prévu de s’exprimer, dans une salle voisine, à un forum sur la protection de la liberté de culte, qu’il considère comme l’événement “central” de la journée. Jair Bolsonaro n’a lui non plus pas souhaité postuler pour s’exprimer à la tribune.

“Il appartient aux 193 pays membres de l’ONU d’agir”

“Ce sommet sur le climat permettra de prendre le pouls des dirigeants, de savoir qui est en faveur de la promotion d’actions efficaces pour réduire les gaz à effet de serre et qui nie le changement climatique”, note El País dans un éditorial. Le quotidien espagnol regrette toutefois que “l’UE n’ait pas réussi” jusqu’à présent “à se faire entendre d’une voix unique, soulignant une nouvelle fois son incapacité à concevoir des stratégies communes face à la crise climatique”.

Les “Européens ne sont toujours pas d’accord sur la neutralité carbone en 2050 ni sur le relèvement à 55 % de leur engagement de réduction – qui est d’au moins 40 % en 2030 par rapport à 1990”, rappelle Le soir.

Richard Roth, journaliste à CNN, chargé des questions concernant les Nations unies, estime pour sa part qu’il est “difficile de prédire les résultats concrets qui émergeront du sommet”. L’organisation onusienne “ne dispose pas d’une armée mondiale du climat qui parcourt la planète pour mettre fin à la pollution”, rappelle-t-il. “Il appartient donc aux 193 pays membres de l’ONU d’agir. Ce que les Nations unies vont réellement faire, c’est ce que certains pensent tristement que l’organisation fait le mieux : rassembler les discours et autres réflexions environnementales dans un rapport”, ajoute-t-il.

Le Gabon payé pour ne pas déforester

Un nombre “très significatif” d’États devraient annoncer l’adoption de l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, a assuré vendredi António Guterres aux journalistes. Actuellement, seule une vingtaine d’États ont adopté l’objectif ou voté des lois à cet effet.

Lors du sommet, l’Afrique a également prévu de demander à l’ONU de déclarer l’urgence climatique ainsi qu’une aide financière pour les aider à freiner les émissions de gaz à effet de serre. Un accord d’un nouveau genre a d’ailleurs été signé dimanche à New York entre la Norvège et le Gabon, rapporte le quotidien norvégien Dagsavisen : le pays africain, couvert de forêts, va être payé pour ne pas déforester et ainsi réduire les émissions de carbone.